Il y en a bien certains qui s’en sont sortis...
« Y’a bien des pays pauvres qui s’en sont sortis alors pourquoi pas les autres ? »
Croissance économique ne signifie pas forcément réduction de la pauvreté.
Que veut réellement dire un pays qui s’en sort ? Le Produit Intérieur Brut (PIB) est de plus en plus décrié comme seule mesure du développement. Alors que le fait qu’un pays ait un PIB élevé ne signifie pas que la population est moins pauvre. Par exemple, exploiter une ressource permet de la vendre, générant ainsi un chiffre d'affaires qui est comptabilisé de manière positive dans le PIB. Si cette exploitation dégrade la santé des travailleurs, cela génère des dépenses de santé, donc un chiffre d'affaires du secteur médical, lui aussi comptabilisé positivement dans le PIB.
Les exemples ne manquent pas de pays qui disposent de richesses naturelles importantes, mais dont la population ne bénéficie pas : on parle même parfois de « malédiction » lorsqu’un pays découvre des richesses dans son sous-sol. Les exemples de pays pauvres, disposant pourtant de minerais divers ou de bois précieux ne manquent pas.
Sans redistribution, la création de richesses n’a pas de sens…
Un pays dont le PIB augmente, qui « s’en sort » au regard des chiffres, ne voit souvent s’enrichir qu’une partie de sa population : peu d’Etats prennent des mesures de grande envergure pour assurer une répartition des richesses entre tous. Le modèle de développement dominant étant celui du capitalisme libéral, le financement de l’accès aux services de base (éducation, santé, logement…) n’est pas prioritaire.
…sans respect de notre environnement non plus.
La croissance peut également avoir un coût environnemental très élevé, favorisé par l’absence dune règlementation adaptée. Par exemple, de nombreuses industries polluantes, au profit de la recherche de bénéfices immédiats, ne retraitent pas leurs déchets. Elles mettent ainsi en danger la santé des populations locales et leur environnement, pour des générations. A long terme, ce « développement » n’en est pas un.
Bon nombre de pays défavorisés sont engagés dans un modèle de développement fondé sur l’exportation de leurs matières premières sans satisfaire au préalable les besoins de leurs populations. A l’heure où toutes nos économies sont interdépendantes, et dans un contexte de crise, ce modèle de développement les fragilise en les exposant aux fluctuations des prix, des marchés et des échanges commerciaux.
Le développement doit être au service de l’amélioration du niveau de vie des populations.
Afin de se développer, différents facteurs sont nécessaires. Pouvoir compter sur une élite compétente, au service de l’intérêt général, d’abord : cela nécessite un investissement massif dans l’éducation et la formation, mais aussi sur les conditions de travail. Pouvoir ensuite disposer de rentrées financières régulières et prévisibles : cela pose la question de la définition de règles commerciales équitables, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Cela renvoie aussi aux possibilités pour les Etats, les entreprises et les collectivités territoriales de pouvoir emprunter à des conditions raisonnables, pour réaliser des investissements et la mise en place d’activités économiques. Cela renvoie également à la prévisibilité de l’aide au développement, toujours fluctuante, toujours soumise à de nouvelles priorités ou à de nouvelles conditions. Cela renvoie aussi à la lutte contre l’évasion fiscale, pour que les pays du Sud retrouvent des sources de financement sans recourir à l’aide ou à l’emprunt.
Ce n’est qu’à ces conditions qu’un pays pourra offrir l’accès à tous aux services de base (eau, énergie, santé...) et permettre une amélioration du niveau de vie de la population.
En conclusion, l’accumulation des richesses se traduit bien souvent par une concentration du pouvoir. Il est plus difficile pour un Etat pauvre de s’en sortir, parce qu’il n’a que peu d’influence sur la définition des règles qui lui sont appliquées.
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