La Semaine de la solidarité internationale

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  « Toula », l’éclairage d’une légende sur les défis actuels du Niger  

« Toula », l’éclairage d’une légende sur les défis actuels du Niger

Magali, responsable de l'animation des réseaux de la Semaine, sillonne les routes de France à la rencontre de ceux qui la préparent depuis des mois afin de partager avec eux leurs temps forts.

[étape 5] En me rendant à Orsay, en Essonne (91) – décidément, un autre département très actif dans la Semaine ! – je ne mesurais pas le dépaysement que j’allais subir. Avec une simple séance de cinéma dans le cinéma d’Arts et d’essai Jacques Tati, dans une petite salle douillettement capitonnée…

 Après Créteil : Orsay ! C’est la 2e année que la ville d’Orsay participe à la Semaine, avec un petit programme de rendez-vous variés, dont quelques séances de film. Ici l’association partenaire est l’association de jumelage entre la Ville et cette région du Niger. Le public, une quarantaine de spectateurs, appartient visiblement majoritairement à l’association, tout le monde se connaît un peu semble-t-il.

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Le film projeté ce soir a 37 ans ! « Toula ou le génie des eaux » a été tourné au Niger par Moustapha Alassane grâce à sa rencontre avec un grand amateur du pays, Jean Rouch. Le premier film du Niger. Un sacré défi à l’époque. L’histoire reprend la légende très connue par les Nigériens d’un royaume confronté à une période de sécheresse. Le roi est confronté à la nécessité de sauver son peuple en suivant la volonté du génie-serpent de sacrifier sa nièce Toula. Alors que le roi cède à la tradition rituelle et amène ainsi la pluie salvatrice sur son Royaume, Ado, le berger fiancé de Toula, fait le pari de suivre les étrangers du désert en quête d’une zone plus fertile. Mais quand il en revient, Toula a été sacrifiée et le jeune homme décide d’émigrer définitivement, fuyant les traditions faute de pouvoir les combattre.

Une première lecture du film est proprement artistique, voire sensuelle : la « sécheresse » est un personnage à part entière du film. Dans ce mot « sécheresse », il y a à la fois le bruit des vents de sables asséchant les cadavres du bétail, cette lumière trop blanche qui efface l’horizon et la sensation du souffle chaud des poussières sur la peau.
Mais dans le mot « sécheresse », on entend aussi le sifflement du serpent de la légende. Et pourtant, comme nous le fait remarquer l’intervenant Guy Magen, universitaire professeur de cinéma, son ondulation est aussi l’image du cours de l’eau qui serpente. Le sec et l’eau, un double symbole qui dit son rôle : c’est bien lui qui décide ici de la pluie et du beau temps.

La deuxième lecture du film est symbolique. Le film présente deux traductions anthropologiques : celle de la tradition et de ses rituels fétichistes, que le Roi et ses conseillers décident de suivre, illustre un rapport au Destin fait de soumission (au prix d’un sacrifice humain) et de confiance (puisque le sacrifice permet l’avènement de la pluie). De l’autre côté, le jeune homme reprend le mythe du voyage initiatique et de l’accomplissement humain par la migration. Avec ce message de confiance également (le jeune homme dépasse les préjugés sur les étrangers en croyant à leur promesse de terre fertile), au prix d’un déracinement communautaire.

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Dans la salle, le débat principal porte justement sur cette double interprétation : faut-il partir et laisser la place à encore plus de désert pour aller vers d’autres types de servitude ? ou rester, faire ce qui est à faire, en acceptant la fatalité ? D’un côté, une vision performative du destin, de l’autre une représentation cyclique… Ces questionnements existentiels sont en fait très politiques, on est ici exactement dans la problématique des migrations intra et internationales et du co-développement…

Les réactions de 2 partenaires nigériens de la Ville, accueillis en France pour la Semaine, reconnectent le film avec la réalité d’aujourd’hui. A chaque sécheresse, les autorités locales interpellent les villageois pour que chacun prie pour la pluie dans sa propre religion. Plus pragmatiquement, la construction de banques céréalières permet de rester tout en amenant des solutions concrètes au problème de sécheresse. Car la morale de la légende tient aussi de l’économie : le serpent punit le Roi du gaspillage des récoltes au temps des 7 vaches grasses sans anticiper celle des 7 vaches maigres.

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p1040147.jpg En sortant de la salle, le débat court toujours sur "partir ou rester"…

(c) Photos M. Audion

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