Terre malgache, terre limousine : cause commune
Depuis un an qu’on la prépare, la voici enfin, cette Semaine ! Magali, qui anime le réseau des acteurs de la Semaine toute l’année, suit les lignes de chemin de fer de province pour aller à la rencontre de la vraie vie de la Semaine, sur le terrain, près de ceux qui la font et qui y participent.
ÉTAPE A LIMOGES ET SAINT-JUNIEN (LIMOUSIN)
Vendredi 13, journée marquant la fin d’une longue année de travail préparatoire sur cette 12e édition, mais surtout début d’un long week-end et d’une longue Semaine. Me voici dans le train entre Paris et Limoges, une compilation de programmes d’animations et d’infos en tous genres sur ces associations, lycées et autres collectivités que je vais rencontrer.
Marcel m’accueille à la gare de Limoges, nous nous reconnaissons au visuel « le monde bouge, et vous ? » que nous tenons chacun sous un bras. Il m’amène directement sur la place des belles Halles de la ville où est dressé le chapiteau de la Semaine.
(M. Audion)
Déjà dans les rues de la ville, l’affiche de la Semaine est bien visible, sur de grands panneaux-sucettes.
C’est sous cette grande tente mise à disposition par la Mairie que je retrouve Guillaume, animateur de la Maison des droits de l’homme, et Chantale, sa présidente. Et voici également Jérémy Maharatse, socio-anthropologue malgache présent en France dans le cadre du Festival Alimenterre. Lui aussi sillonne les routes de France, de ville en ville, pour accompagner les projections de film de son témoignage vivant.
C’est par là que commence vraiment ma Semaine, sous forme d’une rencontre sous le chapiteau avec une douzaine de sympathisants associatifs et quelques curieux venus rencontrer cet invité. Une petite comparaison entre les vaches françaises et les zébus malgaches en guise d’intro, et Jérémy nous raconte les difficultés de son pays : problèmes agricoles et commerciaux, dégâts climatiques, corruption, inadéquation de l’aide… ou comment les moustiquaires antipaludiques ont été utilisées comme filets de pêche… mais aussi la question culturelle, avec des traditions qui tantôt freinent certaines mesures de reboisement ou de fertilisation des terres, tantôt s’effacent dangereusement devant les produits magiques de l’agriculture productiviste…
(M. Audion)
(M. Audion)
L’échange s’axe autour des modes d’actions et des leviers politiques à la disposition des citoyens du Nord. Un moment d’humour, aussi, quand Jérémy décrit le pouvoir sous-terrain des femmes malgaches qui, bien qu’elles ne siègent pas sous l’arbre à palabres, décident de tout, la nuit, dans la discrétion du foyer conjugal.
"Nos zébus, c'est notre banque."
"Quand il ne pleut pas dans champ, le paysan pleure dans son ventre"

La nuit tombe, direction Saint-Junien. Le dîner au restaurant nous permet de poursuivre les échanges, en comparant le niveau de salaire d’un instituteur à Madagascar, en Algérie ou en France : c’est en nombre de zéros que se fait la différence…
La projection de ce soir a lieu au cinéma municipal, joli cinéma d’arts et d’essai qui accueille la séance Alimenterre de ce soir. « La faim des paysans : une ruine programmée » met en parallèle la vie de trois agriculteurs, burkinabé, français et états-unien et de leurs trois modèles d’agriculture, du plus familial au plus industrialisé. Ou comment le libéralisme économique, censé apporter l’autorégulation des richesses, met en fait en concurrence des modèles agricoles selon des règles truquées : quand les uns bénéficient des subventions et des investissements technologiques de leurs états pour produire toujours plus, alors que d’autres subissent une concurrence déloyale sur leur propre marché local les poussant à l’endettement et à la précarisation de leur travail. 70 personnes dans la salle et un débat soutenu par des gens concernés, certains eux-mêmes paysans, avec une discussion vite tournée vers le « comment agir » à l'échelon politique d’une part, pour une régulation mondiale de l’économie, et l'échelon individuel de l’autre, en étant des consommateurs responsables.
(M. Audion)
La question de l’accaparement des terres par les capitaux étrangers intéresse la salle. « Et les Chinois ? » : cette question m’interpelle, voire m’agace un peu, car finalement, qu’ils soient chinois ou autres, c’est le même système que le nôtre qu’on dénonce, là, non ?
La leçon de la soirée : Jérémy renvoie ingénieusement le public à ses propres questions : « le sort incertain des petits producteurs, le désengagement de l’état, la corruption… pas de la même manière, mais je crois que ça existe aussi chez vous, non ? » ....?
Suite du carnet de route en Corrèze...




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